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· Parcours perso (suite 2) (1)
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Par Anonyme, le 13.06.2023
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Par Anonyme, le 20.09.2022
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Par lysiane barreteau, le 21.12.2021
merci à jacques pour son blog que j'ai lu assidûment et qui est bien argumenté.
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Par Anonyme, le 20.10.2021
je m'appelle jennifer leroi veuve française née le 16 juin 1952. je dispose sur un compte bloqué à la banque b
Par belleto, le 24.07.2020
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Date de création : 15.05.2012
Dernière mise à jour :
12.01.2020
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ARMAND DAHERON raconte (2003)
La famille DAHERON à l’Epiardière de Mormaison
Mon grand?père Léon Dahéron est né à Saint André Treize Voies en 1870 et ma grand?mère à Mormaison à la Trécullière en 1875. Ils eurent 5 enfants dont une fille décédée à la naissance. Sur les quatre qui sont restés, mon père est le seul qui se soit marié. L’aîné, Léon devint prêtre et leurs deux soeurs sont restées célibataires.
Notre mère s'appelait Maria Malidin. Ils eurent 7 enfants. Voici leurs noms : André né en 1928, Armand, celui qui écrit, né en 1930, Marie?Thérèse née en 1931, Léon né en 1933, Marie?Antoinette née en 1935, Joseph né en 1937, et enfin Gabriel en 1938.
Bien entendu, je ne me souviens pas de leur naissance, sauf du petit dernier Gabriel. De cette naissance, je me souviens. J'avais huit ans et j'étais le parrain.
La maison
Mes parents habitaient dans une vieille maison composée de deux grandes pièces : la cuisine et la chambre. Treize personnes y logèrent quand la famille était au complet, mais il faut rajouter une vieille cousine : Marina Martin qui paralysée fut soignée à la maison pendant un certain temps, il y eut aussi le petit?tonton Léon prêtre qui en attendant de pouvoir entrer dans l'ordre des "Carmes Déchaussés" prenait pension également à la maison.
La chambre était réservée aux grands?parents, leurs deux filles célibataires : (Bernadette dite "Tante Dédé" et Marie?Ange, nos tantes) et nos soeurs et nos hôtes de passage, cela arrivait quelques fois).
La cuisine servait aussi de dortoir pour nos parents et leurs cinq garçons. On s'y trouvait fort bien et pendant le sommeil, personne ne s'occupait du ronflement du voisin.
Le petit tonton prêtre avait droit lui, à dormir dans le château.
Le site
Pour arriver à cette maison qui se trouvait dans une cuvette, il fallait l'hiver passer par les côtés d'une grande flaque d'eau que les hommes comblaient de résidus d'épines et d'herbe recueillis en grattant et récurant les buissons. Au printemps, on le récupérait pour en faire du fumier. Mais l'été, on avait le plaisir de marcher partout à pied sec. Voilà donc le lieu et la maison ou je suis né et vécu mes jeunes années. C'était à Mormaison près du château de l'Epiardière.
Dans la cour, entre? la maison et les étables, il y avait le tas de fumier. Ce n'était pas vraiment un joli décor, mais on avait l'habitude, on n'y prêtait pas attention, cela semblait tout à fait normal.
Les étables
Les étables étaient de vastes bâtiments assez délabrés, mais capables de contenir les animaux de la ferme pendant l'hiver. Les animaux appartenaient par moitié au métayer et l'autre moitié à la propriétaire. Celle-ci avait en plus une vache lui appartenant en propre. Il fallait la traire et porter le lait au château. Parfois, nous les enfants, nous y allions avec une tante, peut?être avions-nous droit au bonbon, mais je ne m'en souviens pas.
Le Château
De l'autre côté des étables et des dépendances du château, il y avait le château. Un château d'une belle architecture et très récent, puisqu'il date de 1905. Ce château comporte un rez de chaussée et deux étages dont l'un en mansardes. A chaque étage, il y avait six pièces en plus du vestibule ce qui faisait 18 pièces. Cela pour abriter deux personnes.
La comparaison des deux habitations et du nombre de leurs occupants peut paraître anormale mais c'était ainsi et personne ne s'en offusquait.
Le noisetier
Près de l'entrée de la cour du château, il y avait un grand noisetier tous les ans chargé de noisettes, mais il était interdit de les cueillir, on avait seulement droit de ramasser celles qui étaient tombées, alors le petit garçon que j'étais allait s'asseoir sous le feuillage du noisetier. A la vieille bonne du château qui me demandait ce que je faisais là, je répondis : j'attends les noisettes à tomber... L'histoire ne dit pas si j'ai eu droit à une noisette en récompense...
Le Père Chabot
Tout à côté du château, il y avait une petite maison ou habitait un vieux couple de domestiques : le père Chabot et sa femme Adélaïde, nous l'appelions Daïde.
Elle nous aimait bien et nous étions à l'aise chez elle, mais quand le grand?père Chabot rentrait, il valait mieux partir, je pense qu'il n'aimait pas trop que les enfants entrent et surtout fassent du bruit dans sa maison.
Le père Chabot cultivait le grand jardin du château et soignait Poulette. Poulette, c'était la jument qui servait à conduire les demoiselles du château jusqu'à la gare de l’Herbergement. C'était sans doute son seul travail à Poulette mais même ainsi, il fallait bien la soigner et surtout, ne pas oublier de la faire pisser. Pour cela, le père Chabot sifflait, peut?être comme un merle ou un pinson, et cela jusqu'à ce que sa brave Poulette lâche ses petits besoins et cela nous fascinait et ce n'était pas du cinéma...
Les chemins
J'ai déjà situé les habitations, celle de la propriétaire et celle du métayer, mais il faut savoir aussi que pour y parvenir depuis la route départementale, il y avait deux chemins : Une allée bordée d'arbres (des ormeaux je crois), elle débouchait directement à l'entrée de la cour du château et l'autre chemin grossièrement empierré qui rejoignait les bâtiments de la ferme, c'était le chemin des métayers. Il faut dire que cela nous arrangeait bien, car chaque fois qu'on rencontrait la demoiselle du château, il fallait quitter sa casquette et dire "bonjour la maîtresse". Inutile de vous dire qu'on ne la rencontrait pas souvent ...
Les départs
Mais le temps est passé, les enfants ont grandi et les anciens sont partis. D'abord, en 1939, le Père Chabot, qui est tombé dans son jardin, pas celui du château mais dans le sien, il est décédé trois jours plus tard. En novembre 1940, ce fut la bonne du château, puis en 1943, la propriétaire quitta les lieux à son tour.
La guerre
C'était pendant l'occupation, une compagnie de soldats allemands revenus de la bataille de Stalingrad étaient en repos dans le pays. Un certain groupe avait pris possession du château, c’est ainsi que mademoiselle Mathilde de Goué eut droit à une garde d'honneur en quittant son château pour la dernière fois.
Mais revenons en 1940. Après la drôle de guerre, en juin, les Allemands sont arrivés dans le pays sans rencontrer aucune résistance de l'armée française en déroute. Ils marquèrent leur passage en restant quelques jours au château pour un repos mérité.?
Comme nous avions peur des Boches, (terme un peu péjoratif désignant les Allemands) nos parents nous ont dit : Allez vous cacher dans la carrière, celle dite du "Pré Minguet". Là, on se sentait en sécurité, mais le temps passait et le soir venu, il a bien fallu se décider à retourner à la maison. Alors nous avons pris notre courage à deux mains et nous sommes rentrés à la maison. En arrivant, : ô surprise nos plus jeunes frères et soeurs restés là avaient les mains pleines de chocolat que les Allemands leur avaient donné. A partir de là, nous n'avions plus peur des Allemands.
Les réfugiés
A ce moment, les réfugiés des Ardennes et de Belgique étaient eux aussi arrivés dans le pays, fuyants les combats. Ils ont été installés partout ou il était possible de les loger. Alors dans le château, deux familles se sont installées, c'était des Belges. Evidemment, dans un château, on n'a pas placé des familles pauvres. Donc une femme de médecin et une femme de dentiste, (leurs maris étaient sans doute au front). La femme du dentiste avait une fille et la femme du médecin un garçon et une fille. Ils sont devenus aussitôt nos compagnons de jeux, mais cela n'a pas duré bien longtemps, car ils sont repartis peu de temps après l'Armistice en 1940.
Pendant cette guerre, un bon nombre d'hommes en force de travailler étaient prisonniers, donc enfermés dans les Stalags en Allemagne.
Pourtant, il fallait bien exécuter les travaux des champs. Alors, là où il restait des hommes valides, ils s'organisaient pour aider les femmes de prisonniers dans les travaux les plus durs: Foins et moissons.
C'est ainsi que papa (le père Armand) en plus des moissons chez nous allait aussi à la Martinière (un petit village près de l'Epiardière) et toute la famille en profitait pour faire les moissons ensemble. C'était la guerre, mais on prenait la vie du bon côté et il y avait souvent des bonnes parties de rigolade surtout avec la mère Leroy qui racontaient souvent de bonnes blagues.
On faisait également les moissons avec une autre ferme qui n'avait pas de moissonneuse.
Alerte
Cela me rappelle une anecdote, il est important de la raconter, car cela nous a valu une belle peur et aurait pu être beaucoup plus grave. Donc c!était aux Rivières, un village situé à environ un kilomètre de chez nous en passant à travers champs. Après l'arrêt de la faucheuse, il fallait ramasser les gerbes et les mettre en treizaines afin de les protéger d'une éventuelle pluie. Or, un soir, le père Dahéron était resté avec son collègue (Armand Douillard) pour ramasser les gerbes et sans doute faire un petit tour à la cave pour finir la journée, si bien qu'il faisait noir et depuis un bon moment l'heure du couvre feu était passée. Mais cela n'avait pas d'importance, il fallait quand même rentrer chez soi.
C'est ainsi qu'en revenant à travers champs il n'y eut aucun problème, mais il fallait longer la route départementale sur une centaine de mètres environ et là, le bruit des sabots de bois (ferrés) se fit entendre jusqu'à l'oreille des sentinelles. Je ne sais pas si celles?ci ont fait des sommations mais mon brave papa, au lieu de s'arrêter, s'est mis à courir pieds nus jusqu'à la maison, fermer la porte à clé et s'enfouir rapidement dans son lit.
Oui mais les sentinelles ne suivaient pas de loin et bientôt, les coups de crosses des fusils retentirent sur la porte pleine de la maison. Tous les enfants que nous étions se sont mis à pleurer, alors il a bien fallu ouvrir et le chef du groupe de garde était bien décidé d'emmener papa au poste de police qui se trouvait dans le bourg.
Après réflexion et concertation ? difficile quand est deux langues sont différentes ? mais surtout, je pense qu'il y avait dans le groupe de garde un Allemand plus tolérant qui fit comprendre aux autres que mon père n'était pas un espion, mais simplement un humble travailleur des champs qui rentrait fatigué de sa journée de travail. Ils sont donc repartis en nous laissant tranquille, mais je crois qu'il l'avait quand même échappé belle et le dimanche suivant sur la pierre servant aux annonces, toute la population a été invitée à respecter le couvre feu.
Le puits
Au?delà de l'entrée de la cour du château, il y avait le puits. Ce puits à environ cent mètres ou plus de la maison dans le champ dit "pièce de la fontaine" fournissaient l'eau pour tous les habitants du lieu. Donc pour s'approvisionner en eau, on allait la chercher avec deux seaux en bois et pour faciliter le transport, on se servait d'un cerceau, ce qui permettait de tenir les sceaux écartés des jambes et ainsi de les garder pleins jusqu'à la maison tout en évitant trop de fatigue. On en dépensait cependant beaucoup moins qu'aujourd'hui. La toilette était plutôt rudimentaire. Pour avoir les mains (propres?) avant les repas, chacun puisait avec ses mains dans une terrine placée à la porte de la maison et se lavait ainsi. L’eau n'y était pas toujours très claire, mais cela n'a fait mourir personne. C'était ce qu'on appelait "la laverasse".
Les processions
Au printemps, il y avait des processions pour demander la bénédiction divine sur les récoltes et les animaux. C'était les rogations. La première avait lieu le jour de la Saint Marc et les trois autres dans les trois jours qui précédait l'Ascension. Elles avaient lieu le matin vers 7 heures. On partait sur les routes. Comme il y avait quatre routes qui sortaient du bourg, on allait sur chacune d'elles en chantant les litanies en latin. Si le chantre perdait la ligne dans son missel, il se rattrapait en chantant : trois formes dans un jit ora pro nobis", car on passait près des vignes, enfin cela n'est peut être pas arrivé... (un jit c'est la jeune pousse de l'année).
La Fête?Dieu
Une autre procession, la plus importante, c'était la Fête?Dieu. Ce jour?là, on construisait des reposoirs, c!est à dire des autels provisoires installés en plein air et l'on y venait en procession avec le Saint?Sacrement une hostie consacrée placée dans l'ostensoir (pièce d'orfèvrerie dans laquelle on expose l'hostie consacrée).
Pour y parvenir depuis l'église, les routes étaient richement décorées et c'était une vraie compétition entre voisins pour décorer à qui mieux mieux. C'était pour les gens du bourg. Ceux des villages s'occupaient des reposoirs. Et quand la procession était repartie, la suite n'était pas toujours triste. Dès en ce temps?là, on aimait aussi trinquer.
Le jour du 15 août, à l’Assomption, après les vêpres, il y avait une procession à la chapelle de la Salette, près de l'étang de l'Epiardière. Arrivés là, on chantait des cantiques à la Sainte Vierge et le Salvé Régina. Pour repartir, on faisait le tour de l'étang et pour cela, il fallait passer dans un pré ou paissaient nos génisses. Alors, ce jour?là, on les conduisait dans le pré d'à côté ce qui laissait le champ libre pour la procession, après que la barrière fut ouverte.
Mais une année, des garnements, (des gars du bourg sans doute) n'ont pas trouvé mieux que de fermer la barrière et de la bloquer avec une cale, si bien qu'il a fallu faire appel à des hommes costauds pour enlever la cale et ouvrir la barrière. Je ne sais pas si notre brave curé Pierre Mallet a puni les fautifs mais il n'était pas méchant, il a sûrement pardonné.
Les enfants de choeur
Comme nous n'habitions pas loin du bourg, on nous a demandé d'être enfants de choeur. En ce temps?là, il fallait 5 ou 6 enfants de choeurs le dimanche et un sur la semaine. Alors, il a fallu quelques répétitions pour apprendre les paroles (en latin) et les rites liés à cette fonction. Ce ne fut pas très difficile. Le plus dur : le Suscipiat, c'est une prière à dire en réponse au prêtre, en voici le texte: "Suscipiat dominus sacrificium de manibus tuis. ad laudem, et gloriam norninis sui, ad utilitatem quoque nostram totiusque Ecclésiae suae sanctae"
Le dimanche, avant les vêpres de trois heures, il y avait encore 3 /4 d'heure de catéchisme, si bien qu'il ne restait guère de temps pour s'amuser... Assez cependant pour faire des conneries : Les couvertures de l'église ayant été faites récemment, il restait plein de débris d'ardoise par terre et c'était un véritable plaisir de les balancer en les faisant tournoyer jusqu'en bas de la place, mais c’était quand même un peu dangereux, j'en fus d'ailleurs victime : Un bout d'ardoise lancé par derrière moi vint se loger derrière mon oreille droite. Je ne me souviens pas du degré de souffrance que cela m'a causé. Heureusement, les chanteuses de la chorale arrivaient pour participer aux vêpres, elles ont servi de secouristes, elles ont extrait ce qu'elles ont pu du bout d'ardoise, mais il en est resté longtemps un infime morceau. Cependant cela ne me faisait pas souffrir et maintenant, en 2003, il est bien disparu.
Il fallait aussi servir la messe tous les matins à 7hl5, mais comme nous étions cinq ou six enfants de choeur, notre tour n'arrivait pas très souvent. Le plus dur détait en hiver, il faisait encore nuit et l'éclairage public ne fonctionnait guère à cette époque. Le cimetière était pourtant assez éloigné de la route ou l'on passait, mais j'avais quand même toujours quelques frissons. J'avais peur de voir des feux follets s'envoler du cimetière. Je crois bien que je n'en ai jamais vu.
L'école
Jusqu'à dix ans environ, on allait à l'école des filles, ce n'était pas vraiment la maternelle, car on commençait seulement vers cinq ou six ans, mais c’était quand même l'école des petits et c'est bien là qu'on a appris à lire et à écrire. Mademoiselle Marie?Ange notre institutrice n'était pas trop sévère, mais si ça allait trop mal, elle faisait appel à la directrice : Mademoiselle Emilie, une vieille religieuse en civil, plutôt acariâtre et qui se plaisait à dire: "Qui aime bien punit bien", alors, elle ne s'en privait pas et les punitions pleuvaient facilement. Heureusement, elle ne venait pas trop souvent dans la classe des petits.
Les commissions
Faire les commissions, c'était souvent le rôle des enfants : on allait soit chez Louise ou chez Brethomé ainsi qu'à la boulangerie chercher du pain. Nos parents ne badinaient pas avec la politesse, il fallait absolument dire merci. Or, une fois, nous revenions de chez Brethomé. Arrivés à la forge Tenailleau (environ 300 mètres), l'un de nous se rappelle : nous n'avons pas pensé à dire merci. Que fait?on dans ce cas?là ? Tout simplement on retourne à l'épicerie prononcer le merci. Je suppose qu'on a eu droit a un bonbon...
Malgré ces petits accrocs, je puis vous assurer qu'on s'aimait bien entre frères et soeurs et qu'on était heureux ensemble dans nos jeux comme dans la vie au quotidien.
Les restrictions
Pourtant, c'était la guerre et l'on manquait de tout. Il fallait des tickets pour l'alimentation, sucre, café etc., les vêtements et tous les biens de consommation. Il n'y avait pas beaucoup de vélos dans chaque famille, mais on ne trouvait pas de pneus pour les faire rouler, alors on les remplaçait par des boyaux en caoutchouc, ce n'était pas très souple, mais il fallait s'en contenter.
Dans les fermes, le manque de nourriture n'était pas aussi pesant que dans les villes et l'on pouvait même ravitailler des familles qui venaient des villes pour chercher des provisions. Pour chez nous, il y en avait de la Rochelle et de Sotteville?lès?Rouen. Comme c’était des employés de la SNCF, le transport ne leur coûtait rien.
Certains agriculteurs en ont profité pour faire du marché noir et vendre leurs produits beaucoup plus cher qu'ils ne valaient. Je vous assure que ce n'était pas le cas à la maison, la grand?mère Dahéron était trop à cheval sur les principes et n'admettait pas qu'on puisse s'enrichir sur le dos des malheureux. Et je pense et je suis même sûr qu'elle avait raison.
Le mil
Je dis la grand?mère Vitaline, car c'était elle qui portait la culotte à la maison et je crois que toute la famille lui obéissait... Le grand?père Léon n'avait pas beaucoup de volonté et papa avait toujours été habitué à obéir. Quand elle faisait son tour dans les champs, c'était elle qui décidait si le mil était bon à couper. Miller, c'est à dire couper au couteau les épis de mil et les ramasser dans sa "dorne" (c'est une poche obtenue en relevant son tablier et en l'attachant avec des épingles.) Quand la dorne était pleine, on en versait le contenu dans une « berne » (un drap réalisé en cousant des vieux sacs de jute) et le soir, pour égrener le mil, on marchait et dansait sur les "penouilles" (épis). Cela se faisait à la maison et les "bernées" y restaient aussi la nuit, cela ne nous empêchait pas de dormir. Ces jours?là, c'était un peu la fête, car on invitait les voisins pour nous aider. Il en était ainsi aux vendanges que l'on faisait également entre voisins. Aux vendanges, les raisins étaient coupés au couteau et mis dans les baquets que les hommes portaient à la charrette et le soir on les pressait au moulin a vendange et passait au pressoir. Comme il n'y avait pas de pressoirs pour toutes les fermes, il fallait faire vite, donc travailler la nuit pour libérer le pressoir pour le lendemain. Aux vendanges comme au millage, les repas étaient supérieurs à l'ordinaire et l'on mangeait la poule au pot, peut?être même le grand coq (au vin ? Pas sûr.)
La mogette
Comme toutes les familles de cultivateurs, nous vivions en autarcie, c’est à dire en se nourrissant des produits de la ferme, sans acheter beaucoup à l'extérieur. Nous produisions donc aussi de la mogette (le haricot blanc). C'était une autre façon de récolter: Lorsque les gousses étaient mûres, on arrachait les pieds de haricots et on les laissait sécher quelques jours dans le champ, ensuite, on les rentrait pour les égrener dans la cour de la ferme. Pour ce faire, on les étalait sur des "bernes" et on les égrenait avec des fléaux : (instrument formé d'un manche et d'un battoir relié par une courroie). Une fois égrenés, on passait les grains au moulin à venter (le tarare) pour les nettoyer. Evidemment, il en restait toujours quelques grains qui échappaient à la récupération. C'est ainsi que la Mère Daïde que j'ai évoquée plus haut s'en vint ramasser les quelques grains considérés comme perdus. Mais mon petit frère Gaby âgé de 4 ou 5 ans ne l'a pas vu d'un très bon oeil et il lui en fit la remarque « I va ô dire à mémé, vous avez volé do pois à nous" Je pense que cela ne l'a pas troublée.
Le blé noir
L'autre récolte de ce temps?là c'était le blé noir ou sarrazin. Les graines étaient récoltées après séchage sur place puis comme les haricots, battus aux fléaux dans la cour. Les graines étaient réduites en farine et celle?ci était destinée à faire des galettes pendant l'hiver. Pour obtenir cette farine, il fallait porter les grains chez le meunier, au moulin à Bossis qui en faisait de la farine et en gardait un pourcentage pour se payer. Le retour du moulin était donc plus aisé que l'aller puisqu'il en restait une partie au moulin.
Les batteries(battages)
Un autre grand moment de travail, le plus important de l'année, c'était les battages. Quand la moisson était terminée il fallait rentrer les gerbes et confectionner de beaux gerbiers : il était très important de bien disposer les gerbes pour que les épis ne prennent pas l'eau (un vrai travail d'artiste). Et enfin, la batteuse arrivait. C'était vraiment le clou de l'année de travail. Cette vanneuse tirée par 4 ou 6 boeufs, ainsi que la locomotive qui en nécessitait autant. Une fois arrivées à la ferme, les mécaniciens les mettaient en place. La loco était environ à une dizaine de mètres de la vanneuse et elle entraînait celle?ci par une grande courroie. Il était donc important que les mécaniciens aient l'oeil pour que tout soit d'aplomb et en ligne, alors seulement le travail pouvait commencer. Il fallait compter 40 à 50 bons?hommes pour que la machine ne perde pas de temps.
Comme il faisait (en principe) chaud et que le travail était dur, deux équipes se relayaient pour alimenter la vanneuse en gerbes, car celle?ci ne devait pas perdre de temps pour passer dans toutes les fermes avant que l'été ne soit fini. Donc, toutes les demi?heures, les équipes se changeaient, ce qui fait la moitié du temps en pauses, mais c'était indispensable pour tenir toute la longue journée. Evidemment, pour se rafraîchir, dès qu'on avait lâché les fourches, le rendez?vous était à la cave : deux verres à la descente et un verre avant de remonter, c’était la règle, le vin était sans doute moins alcoolisé qu'aujourd'hui, ce qui fait qu'on pouvait tenir le coup jusqu'au soir.
Quand la batterie durait trop longtemps dans la même ferme, il y avait la "patate" une collation qui permettait de tenir plus longtemps, jusqu'au vrai repas. Ceci n'arrivait que dans les grandes fermes, dans les petites exploitations, un seul repas suffisait largement. Dans les grands villages, peuplés de toutes petites exploitations, chaque maîtresse de maison tenait à faire aussi bien ou même mieux que la voisine si bien que l'on pouvait prendre sept ou huit repas par jour. Cela tournait un peu au gâchis. Mais aucune femme ne voulait céder sa place et chacune cherchait à faire valoir ses talents de cuisinière.
Au château pendant la guerre
Après la mort de la propriétaire Mademoiselle De Goué, le château inoccupé pendant quelque temps devint la propriété des soeurs de Mormaison et nous en devenions les gardiens car la clef était déposée chez nous. Il y avait à l'intérieur du château un piano sur lequel il était bien tentant de taper sur les notes, aussi, nous y allions souvent, mais attention, il fallait que la clef soit toujours à la maison. Or un jour, nous étions au piano, tout à coup alerte, l'un de nous signale que les religieuses arrivaient. Alors vite, nous sortons, refermons la porte et ramenons la clef à la maison en passant par derrière les vieux bâtiments, si bien que tout était rentré dans l'ordre et la clef du château attendait ses propriétaires.
Le pensionnat Sainte Madeleine
Cette année là, en 1943, il y eut les bombardements de Nantes et de toutes les villes industrielles. Ce qui fait qu'après les réfugiés des Ardennes et de Belgique, il y eut les réfugiés de Nantes.
Le château était libre et devenu propriété des soeurs, c'est donc un pensionnat de jeunes filles de Nantes (Sainte Madeleine) tenu par les soeurs de Mormaison qui l'ont habité pendant un an à l'abri des bombardements. Ces jeunes filles de 14 à 17 ans sont venues rompre la monotonie et apporter un peu de jeunesse à l’Epiardière.
Dans les beaux jours, certains cours étaient dispensés à l'extérieur dans l'allée conduisant au château, ce qui nous permettait en se tenant de l'autre côté du buisson, de profiter un peu de ces cours.
Je me souviens d'un début de dictée que j'ai retenu et dont voici le texte : " Le vieux relieur". Le vieux relieur habite tout en haut de la rue Broche près de la Cathédrale. Son installation n'est certes pas aussi luxueuse que celle de ses confrères des quartiers neufs, mais il possède quand même un matériel assez bon pour lui permettre d'exécuter de fort belles reliures »...
Cependant, est?ce l'étude de la langue française ou la proximité de jolies jeunes filles qui m'incitait à faire la sieste non loin de là ? L'histoire ne le dit pas.
Les bombardements
A cette époque difficile et mouvementée, il y a eu les bombardements de Nantes dont j'ai déjà parlé et que l'on entendait bien de chez nous, mais aussi la destruction des ponts de chemin de fer à Montaigu et Saligny, là, les bombardiers passaient vraiment au-dessus de nos têtes, heureusement, ils ont lâché leurs bombes uniquement sur les ponts et il n'y a pas eu de victimes à déplorer.
On a pu également voir toute une armada de bombardiers qui passaient en rase?mottes pour éviter les tirs de DCA. Ils passaient à deux ou trois kilomètres de chez nous, mais leur nombre était si important qu'on les voyait, et surtout que l'on entendait leur bruit infernal.
Les voisins
Nos jeudis et nos dimanches étaient occupés par les jeux entre frères et soeurs, mais parfois, le cercle s'élargissait et nous avions pour copains les Tenailleau du bourg et les Gallot de la Guérivière et moins souvent peut?être les Renaud de la Gaudinière et les Remaud de la Joue. Les Tenailleau, c'était des durs. Très jeunes, ils avaient perdu leur mère. Ils étaient plusieurs dans nos âges, mais il y avait surtout Jean. Tout le monde l'appelait Jeanett. A l'école, il apprenait bien, mais il faisait plein de bêtises, alors, il était souvent puni, mais cela ne lui faisait rien. Je me souviens d'une fois ou l'instit l'avait enfermé dans la classe après l'heure de la sortie, il trouva quand même le moyen de s'enfuir dans les prés avoisinants.
Le maître le poursuivit un moment, mais il y avait le ruisseau et Jeanett, un peu plus sportif que son poursuivant sauta de l'autre côté ce qui fit abandonner le maître. Je suppose que le lendemain, il aura eu sa revanche.
Tapinette
Il y avait dans le bourg un vieux couple de célibataires, quand sa soeur mourut, le frère resté seu,l embaucha une vieille bonne (plutôt acariâtre au surnom de Tapinette) or, à la saison des bottereaux, la chandeleur ou mardi?gras, elle fit aussi des bottereaux et Jeanet voulant se régaler, allait chercher des bottereaux dans la poêle à Tapinette, il revenait en disant "Ils sont bons les bottereaux à Tapinette", bien sûr, la grand?mère rouspétait tant qu'elle pouvait, ce qui n'était pas pour déplaire à Jean qui le faisait exprès.
Les autres copains dont je vous parlais, les Gallot, Renaud ou Remaud étaient moins turbulents, aussi, nos parents nous préféraient être en leur compagnie.
Le certificat
Dès l'âge de 12 ans il fallait quitter l'école pour venir aider à la ferme, mais auparavant, pour ceux qui en étaient capables, il fallait passer le certificat d'études (c’était notre bac a nous).
Cela se passait à Rocheservière, pour s'y rendre, le taxi c’était une voiture à cheval, cela valait le fiacre. Et le soir, on revenait allégrement à pied. 6 Km, ce n'est pas la mer à boire. Tous les élèves de 12 ans qui avaient bien suivi l'école se devaient de passer cet examen, comme le thème était déjà fait à l'école, la plupart revenaient avec le diplôme. Pour ma part, je me souviens être sorti dans les premiers, mais je n'avais aucun mérite puisque j'apprenais assez facilement. J'aurais pu continuer mes études, mon curé et mon instit m'y encourageaient, mais c'était la guerre, il n'était pas facile d'aller en pension, de plus, dans ma timidité j'avais peur de quitter la maison et la sécurité qu'elle m'apportait. Dommage.
Il à donc fallu prendre la fourche et faire des litières matin et soir ainsi que participer aux travaux des champs. Heureusement, il y avait les cours par correspondance et plus tard, les réunions de J.A.C. qui m'ont aidé autant ou plus que les études scolaires.
Le couvent
Deux fois par an, il y avait une journée mémorable à Mormaison. C'était la prise d'habit, le 12 mai et le 12 septembre. Ce jour là, on voyait défiler de nombreux cars transportant les familles des futures religieuses qui prenaient l'habit ou faisaient leurs voeux. Car à cette époque les soeurs de Mormaison faisaient l'école dans un bon nombre de paroisses ou communes de Vendée. Il était donc relativement facile de recruter des filles pour leur faire continuer leurs études au couvent, d'autant plus qu'à l'époque il n'y avait guère d'autres moyens que celui là... Alors, les jours de prise d'habit c'était des jours de fête au village.
L’accueil
Je ne sais pas si c'est à cause de l'accueil chez nous, mais nous avions aussi les hôtes de la nuit :
Le ramoneur Sarrazin qui arrivait souvent ivre à la maison et il nous faisait peur à nous les enfants car il parlait très fort et plutôt méchamment, mais le lendemain, il était plus calme et il se proposait de ramoner la cheminée pour une certaine somme . Pour être mieux payé, il mettait des manchons supplémentaires dans la suie... Mais je ne suis pas sûr, que cette manoeuvre a été admise par mémé Vitaline.
Il y avait aussi le père Chataigner qui arrivait souvent en état d'ivresse, mais, lui, ne nous faisait pas peur car il riait toujours. Sa réflexion quand il avait bu : « C'est malheureux, d'avoir été à l'école jusqu'à dix?sept ans pour faire un imbécile » !.
Une autre hôtesse c'était la mère Heissat qui venait parfois seule mais aussi avec l'un de ses enfants. Elle en avait eu 19. Si elle arrivait le même jour que le PèreChataigner, cela n'allait pas tout seul, il lui est arrivé de dire : « 19 enfants, 19 pères, » Evidemment cela ne passaitpas très bien, mais on n'a jamais eu la peine de s'interposer. Pour elle, c’était qui rêvait de châteaux en Espagne, elle les trouvait à l’Epiardière.
Le quatrième dont je me souviens c’était Chauvière, il ne venait pas très souvent, mais à coup sûr, il demandait à boire du vin. Je me souviens d'une fois ou mémé lui donna un verre d'eau. Comme il pensait avoir du vin, il trouva que c'était plat, ce qui lui fit faire la moue et dire: vous avez mis de l'eau avec ». C'était bien pire, c’était’ de l'eau pure.
Mémé Malidin
Nous avions aussi notre grand’mère maternelle : Mémé Malidin, née Marie Albert. (Le grand père était mort depuis longtemps.) Elle habitait Saint Sulpice Le Verdon, à la Caillaudière, un village près du bourg. C’était chez son fils, tont Joseph qui avait lui aussi une grande famille. La grand’mère était sourde comme un pot,, elle ne participait guère aux conversations, mais on sentait qu’elle était heureuse d’avoir ses petits – enfants auprès d’elle.
Saint Suplice 3 kilomètres, c’était donc relativement facile d’y aller à pied. Les 3 ou 4 plus grands partaient donc devant, et maman, elle était prête, suivait avec les petits et la voiture d’enfant. Elle avait peur quelquefois que nous soyons cachés quelque part, en l’attendant, mais non, nous étions rendus les premiers
Comme nos cousins Malidin étaient dans nos âges et qu’il y avait aussi des voisins, cela faisait des journées de jeux et de rires, auxquels on rendait la pareille quand ils venaient à l’Epiardière…
Le récit d’Armand Dahéron donné en juin 2003 s’arrêt brusquement.
Armand est décédé en août 2004.